L’intégration et le maintien en emploi des personnes immigrantes

L'intégration par l'action

Journée des partenaires organisée par le Conseil régional FTQ Québec et Chaudière-Appalaches avec le soutien du Fonds de solidarité FTQ
Le Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, Emploi-Québec, les Conférences régionales des élus de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches, la Ville de Québec et la Ville de Lévis sont aussi des partenaires dans l’organisation de cette journée.

Le 8 juin 2009, plus d’une centaine de personnes, issues des rangs de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), des organismes communautaires en soutien aux personnes immigrantes et des milieux politiques québécois et municipaux, ont discuté des politiques d’intégration des personnes immigrantes, lors de deux ateliers qui se sont poursuivis en plénière. Le premier atelier portait sur les attentes envers les gouvernements québécois et locaux alors que le deuxième visait à identifier les moyens concrets, pour les groupes syndicaux et communautaires, de travailler ensemble à l’Intégration sociale et à l’intégration dans les milieux de travail des personnes immigrantes des deux régions. La majorité des conférences ou présentations qui ont été faites peuvent être consultées sur le site web de la FTQ à l’adresse suivante : http://www.quebec-chaudiereappalaches.ftq.qc.ca/.

Le présent rapport est une synthèse des discussions en ateliers et en plénière. Il est divisé en deux parties principales : les revendications face à l’action gouvernementale et les initiatives à développer dans les milieux de vie et de travail.

1. Les revendications face à l’action gouvernementale

Les personnes participantes ont souligné l’importance d’une réelle volonté politique dans l’intégration des personnes immigrantes, mais aussi d’une coordination efficace dans l’action gouvernementale. Il s’agit surtout des liens entre les ministères québécois, d’abord le Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles et Emploi-Québec, mais aussi avec et entre les municipalités. Quelques personnes réclament la création d’un organisme gouvernemental de coordination. D’autres donnent des exemples de tables de concertation locales ou régionales. L’objectif : obliger les différents organismes et paliers gouvernementaux à se parler.

Les personnes participantes réclament aussi un arrimage plus étroit entre les discours et la réalité de la vie des personnes immigrantes et des programmes qui leur sont consacrés. Selon plusieurs, tous les paliers gouvernementaux, fédéral, québécois et municipaux, ont du rattrapage à faire.

1.1 Avant même l’arrivée

Les politiques et programmes d’immigration n’ont pas fait l’objet d’un examen en profondeur. Il ne s’agissait d’ailleurs pas d’un des objectifs de la journée. Néanmoins, des personnes participantes ont tenu à souligner quelques modifications qui leur semblent essentielles pour permettre notamment une intégration plus harmonieuse des personnes immigrantes.

· Les programmes pour les travailleuses et travailleurs migrants temporaires sont trop exigeants. Ces travailleurs ne peuvent changer d’employeur et vivent des délais et des embûches pour demander le statut de résident permanent. On trouve ces travailleuses et travailleurs notamment dans le secteur agricole, parfois pour des périodes de 8 à 10 mois. « On perd des gens intéressants pour la société québécoise. »

· Les grilles de sélection sont trop sévères. « Y a bien des Québécois de souche qui ne les réussiraient pas ». Plusieurs soulignent que nous devrions peut-être accueillir plus de personnes sans compétence particulière pour le marché du travail, au niveau des emplois non spécialisés.

· Une information plus juste devrait être véhiculée dans les pays d’origine surtout en ce qui concerne la reconnaissance des diplômes et les difficultés d’accéder au marché du travail. « Les personnes immigrantes s’attendent à trouver facilement et rapidement un emploi dans leur domaine. Ils ont l’impression d’avoir été mal informés quand ils sont confrontés à la réalité. » Certains soulignent aussi qu’il faudrait que l’information circule autrement que par Internet.

1.2 Des programmes gouvernementaux plus souples

Plusieurs soulignent que les politiques et programmes existent pour soutenir l’intégration des personnes immigrantes, mais s’interrogent sur leur adéquation et leur application trop bureaucratique. Les personnes participantes réclament donc plus de souplesse dans les critères de financement afin de s’assurer de véritablement soutenir le milieu qui est le mieux à même de définir les projets et les services de proximité nécessaires. On recherche aussi un continuum et une coordination intégrée des services dans chaque région « pour empêcher que les gens tombent entre les craques du plancher ».

Parce que la barrière de la langue est une des plus importantes pour l’accès en emploi, mais aussi pour l’intégration sociale, les efforts gouvernementaux dans les programmes de francisation doivent être augmentés. Les initiatives syndicales pour des cours de francisation en milieu de travail ont été présentées en soulignant que la francisation en milieu de travail, c’est tout aussi bon pour les employeurs que pour les personnes immigrantes. « L’employeur est gagnant, car la personne formée devient un coach pour les nouveaux immigrants qui arrivent. »

Parce que la francisation n’est pas un processus instantané, des personnes participantes ont soulevé l’importance d’offrir des services d’interprétation dans divers événements importants de la vie, par exemple lors de consultations médicales. En région, dans les petites municipalités, les ressources ne sont pas toujours facilement accessibles. On souligne cependant qu’il faut réfléchir à un usage plus intensif des nouvelles technologies de l’information et de la communication comme Internet, mais aussi des vieilles technologies comme le téléphone.

La reconnaissance des diplômes, mais aussi la reconnaissance des acquis et des compétences des personnes immigrantes est un autre problème aigu dans la capacité d’intégration d’une personne immigrante. Des personnes participantes réclament donc un allègement des démarches au sein des ordres professionnels ainsi qu’une plus grande souplesse de l’ensemble du secteur de l’éducation. On s’inquiète aussi d’une éventuelle discrimination selon les pays d’origine. « Comment se fait-il qu’il soit plus facile de faire reconnaître un diplôme français qu’africain alors que les structures scolaires sont les mêmes? »

La représentante du Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles a tenu à souligner la politique des petits pas qui permet une amélioration graduelle des programmes et leur implantation dans la région dans le respect de la capacité financière du gouvernement et du ministère. Elle donne l’exemple de l’accès à des programmes de francisation qui pourra maintenant dépasser cinq ans de la date de l’arrivée. La région de Québec aurait ainsi amélioré substantiellement la rétention des personnes immigrantes, pour presque rejoindre la moyenne québécoise.

2. Agir dans les milieux de vie, dans les milieux de travail

Sensibilisation, sensibilisation, sensibilisation. Le leitmotiv de cette journée. Il faut sensibiliser la population en général, peut-être encore plus dans les régions autres que celle de Montréal, là où la réalité immigrante est peu connue. Il faut défaire les préjugés, changer par exemple les perceptions du voleur de job. Il faut faire connaître les différences de parcours des personnes immigrantes, leurs modes de fonctionnement.

Il faut aussi sensibiliser les personnes immigrantes elles-mêmes pour une meilleure compréhension de la société dans laquelle elles souhaitent s’intégrer. Il faut miser sur des relations interculturelles saines. Il faut cependant distinguer entre les difficultés d’intégration des personnes immigrantes et la discrimination raciale, ethnique ou religieuse qui touche aussi des personnes nées au Québec.

Quelques personnes participantes ont souligné la responsabilité individuelle que nous avons, tous et toutes, à sensibiliser l’autre, l’immigrant et la société d’accueil. Pour la majorité cependant, il s’agit surtout d’une responsabilité collective qui doit s’incarner dans les milieux de vie et de travail.

Pour la majorité des personnes participantes, l’intégration sociale et celle qui doit se faire dans les milieux de travail doivent être perçues comme étant une seule et même réalité, même si elles n’interpellent pas les mêmes acteurs. Pour les besoins du présent compte-rendu, on distinguera cependant entre l’intégration sociale qui interpelle au premier chef les gouvernements locaux et les organismes communautaires et l’intégration dans les milieux de travail qui interpelle surtout les entreprises et les syndicats.

2.1 L’intégration sociale

Le temps, c’est la clé de l’intégration dans la société d’accueil. « Le temps de trouver un emploi qu’on aime, de développer des réseaux sociaux, de se faire des amis. » Des personnes participantes souhaitent ainsi que les programmes et les interventions dépassent les premiers stades de l’intégration et assurent un suivi plus long, jusqu’à cinq ans de la date d’arrivée selon certaines. C’est d’autant plus important que, dans les régions autres que celle de Montréal, il est essentiel de développer un réseau d’entraide dans la région sinon les personnes immigrantes qui y viennent n’y resteront pas.

Cette intégration sociale se fait au niveau local. Le rôle des municipalités est donc essentiel, mais elles doivent développer leurs politiques en concertation avec les organismes communautaires. Ainsi, après la présentation d’une conseillère municipale de la Ville de Québec, certaines personnes participantes se sont inquiétées du danger de ghettoïsation qui pourrait être induit par le choix limité de certains quartiers pour visiter le bâti de la ville et identifier différents services. On a alors suggéré d’élargir l’éventail des quartiers visités afin de favoriser un étalement de la présence immigrante, ce qui ne peut qu’avoir un effet positif sur la sensibilisation de la population. « Tant que la situation ne se présente pas, on ne fait pas vraiment de sensibilisation. »

Des actions concrètes ont été présentées ou suggérées.

· Plusieurs soulignent la nécessité d’intervenir dans divers lieux, le réseau de la santé, les écoles, les garderies, etc.

· Il est important de bien identifier les besoins. Ainsi, la table de concertation Limoilou Pluriel, qui existe depuis 2005, travaille actuellement à recenser les besoins auprès des personnes immigrantes et des organismes.

· Il faut mettre sur pied des comités d’accueil, des comités de suivi de l’insertion, pour la durée nécessaire à l’intégration.

· Dans les écoles, il serait intéressant d’organiser un jumelage entre les parents, entre des mères immigrantes et des mères québécoises natives. Il y a en effet une préoccupation de plusieurs personnes participantes pour l’intégration des femmes immigrantes qui demeurent à la maison et sont ainsi isolées. Elles n’ont souvent pas accès aux programmes de francisation. Comme il faut les motiver à sortir de la maison, travailler à partir de l’école de leurs enfants peut être une solution intéressante.

· Pour faire mieux connaître les ressources, les programmes et les services des municipalités, mais aussi des différents ministères, on suggère de créer un répertoire ou un bottin, sous forme électronique, plus facile à mettre à jour. Cela permettrait aussi de faire connaître les organismes communautaires et d’employabilité aux personnes immigrantes et à la communauté.

· Il faut organiser des activités communes de sports, de loisirs, etc. Il faut faire de l’animation, des réflexions avec des petits groupes de personnes natives et immigrantes, dans les milieux de vie, dans les communautés, dans les municipalités. Par exemple, à Lac-Etchemin, pour favoriser le rapprochement, on fait un jumelage lors de la Fête nationale. Des familles locales accueillent des familles immigrantes de Québec ou d’ailleurs et leur offrent les repas et le coucher.

· L’expertise des organismes communautaires de la région de Montréal pourrait être mise à contribution avec pour objectif de favoriser la régionalisation de l’immigration. On pourrait tisser des partenariats. « Il faut arrêter de penser qu’on est en compétition et profiter de leurs expériences ».
2.2 L’intégration dans les milieux de travail

Des efforts de sensibilisation importants doivent être faits dans les entreprises, auprès des gestionnaires, particulièrement ceux de la gestion des ressources humaines. En effet, il faut sensibiliser les décideurs à revoir leurs pratiques potentiellement discriminatoires à l’embauche, notamment à cause des éventuelles pénuries de main-d’oeuvre. « Peu importe notre nom, Ibrahim ou autre, on a le droit d’être reçu en entrevue ». Des organismes, comme les clubs de recherche d’emploi, peuvent aussi aider les immigrants à préparer des CV accessibles pour les gestionnaires québécois, qui sont actualisés en tenant compte des référentiels québécois pour les titres d’emploi ou à apprendre les codes des entrevues – Comment se vendre au Québec!

Il faut aussi outiller ces gestionnaires à la gestion de la diversité, une fois les personnes immigrantes embauchées. On souligne que le gouvernement finance des programmes de sensibilisation auprès des cadres et des superviseurs, mais qu’il devrait aussi le faire pour la sensibilisation de l’ensemble du personnel, les collègues de travail pouvant facilement faire montre de rejet, de harcèlement, etc.

On souligne que les organisations publiques et parapubliques doivent donner l’exemple. On peut sensibiliser par la visibilité, dans des postes où les personnes immigrantes seraient visibles pour l’ensemble de la société, par exemple des chauffeurs d’autobus. Il est évident que de telles pratiques commandent des efforts importants de francisation puisque les emplois de service nécessitent généralement une connaissance assez développée du français.

Dans des municipalités plus petites, il peut être important de mettre à contribution l’ensemble de la communauté avant même le recrutement dans les entreprises. Par exemple les CLSC, les garderies, tous les autres services sociaux, doivent se regrouper pour faire une nécessaire planification.

Des actions concrètes ont été présentées ou suggérées.

· Faire connaître aux employeurs les programmes existants pour le soutien à l’intégration des personnes immigrantes en milieu de travail.

· Utiliser les journaux internes des entreprises pour faire connaître la réalité des personnes immigrantes à l’emploi de l’entreprise ou installées dans la région.

· Augmenter l’offre de stages d’employabilité et ne pas les réserver à la seule main-d’œuvre native. Ces stages seraient une occasion de sensibilisation en faisant connaître le marché du travail québécois aux personnes immigrantes et leurs compétences aux travailleuses et aux travailleurs des entreprises concernées.

· Faire du jumelage ou du parrainage entre des employés, immigrants et natifs. Ce jumelage viserait d’abord l’intégration dans le milieu de travail, mais pourrait éventuellement inclure diverses dimensions de l’intégration sociale de la famille de la travailleuse ou du travailleur immigrant. Un comité social actif en milieu de travail peut soutenir le jumelage.

· Faire connaître leurs droits, leurs conditions de travail, leurs conventions collectives aux personnes immigrantes nouvellement embauchées. S’il y a lieu, s’assurer que les conventions collectives aident à l’intégration des personnes immigrantes.

· Intégrer des personnes immigrantes dans la vie syndicale, par exemple comme délégués syndicaux.

Un responsable syndical a indiqué son inquiétude quant à une volonté gouvernementale de modifier les règles des décrets de convention collective dans des secteurs où il y a actuellement une importante main-d’œuvre immigrante, par exemple dans le secteur de l’entretien ménager. Le salaire négocié et reconnu par ces décrets est plus élevé que le salaire minimum, de l’ordre d’environ 15 $ de l’heure. Si les décrets étaient abolis, on peut s’attendre à ce que le salaire diminue jusqu’à rejoindre celui du salaire minimum. « C’est malsain, une société qui n’offre que le salaire minimum aux personnes immigrantes. »

3. Et si l’on se revoyait?

Les personnes présentes ont exprimé le désir de se revoir régulièrement. Une telle activité, annuellement, permettrait de faire des bilans, de partager les bonnes pratiques.

Rédigé par Dominique Savoie
Service de la recherche de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
16 juin 2009

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